Le choix était rude.
Rien que dans les noms : C dans l'hair, Evolu'tif, cd'coiffé, Chi Choc coiffure, Atmosp'hair.
Merveilleux : la poésie du quotidien.
Finalement, je me suis décidé pour celui d'en bas de chez moi, parce qu'il était pas cher, et pas loin. Un bon endroit pour accomplir le funèbre office qui me coûterait ma belle coupe années 60 style moumoute en vrai crin de labrador et surtout en vrai "mouarf, j'irai le mois prochain, ils sont pas si longs". Et puis, dans le nom de ce lieu d'horreur et de barbarie aux multiples rites sacrificiels anti-capillaires, Coiff et Co, y'avait un côté un peu classieux que je goûtais beaucoup, et je sentais un jeu de mot pourri quelque part, mais j'avoue que je ne l'ai toujours pas repéré. D'ailleurs l'orthographe n'est pas bien définie. Coiff&co ? Coiff'éco ? Quoi, fait Queaux (des fois, j'aimerais bien qu'il existe d'autres gens qui supportent un gros Q devant leur prénom, je me sentirais moins seul, donc j'invente des prénoms en Q) ? Mystère de la capilliculture moderne, sans doute.
Fort de cette réflexion, je m'élançai d'un pas souple et élégant vers mon destin, destin qui se cachait sous une choucroute blonde avec des racines noires et des mèches cuivrées. Ou l'inverse, je ne savais plus trop où étaient les mèches et où étaient les vrais cheveux : l'ensemble m'hypnotisa un certain moment, et mon pas devint brinquebalant et pataud au fur et à mesure de ma progression dans l'antre du Malin.
"Bonjour. C'est la première fois que vous venez ? C'est pour une coupe ? Vous pouvez vous dévêtir et prendre un peignoir dans le vestiaire derrière, puis vous installer dans l'espace shampooing."
Oulah, mémère, pas trop vite. Je levai les yeux pour remarquer que tout était déjà inscrit sur un énorme panneau, le genre qu'on trouve dans les laveries et que je mate cinq minutes à chaque fois — à la limite du TOC. Je me demandai alors si les gens étaient censés accomplir directement ce que le panneau indiquait , le blabla de la dame ne servant alors que de creux rappel formel, ou si le panneau était là pour rappeler ce que la dame avait dit, pour les débiles comme moi qui hésitent cinq minutes devant des instructions de machine à laver (mais c'est compliquéééé, les pièces c'est AVANT ou APRÈS la lessive, hein ?).
D'abord, le déshabillage. Ok, ça je pouvais comprendre, j'enlevais mon manteau, d'accord, soit. Mais il fallut comprendre que je devais le mettre dans l'espèce de placard devant moi. Or, c'est pas parce qu'il était devant l'entrée et déjà plein de manteaux que c'était le placard à manteau. Les gens vont dire que c'était évident, mais non, excusez-moi, pas tant que ça. Méfions-nous des apparences, car le coiffeur, comme le Chinois et le Haut-Normand, est naturellement fourbe. Mais bon, ok, mettons, je me dévêtis
Ensuite, le peignoir. Haha ! le peignoir. C'est déstabilisant de se voir demander de mettre un peignoir quand on veut juste se faire raccourcir la tignasse. À la limite, ce n'est pas trop déstabilisant pour moi quand c'est une jolie fille — même enchoucroutée — qui le demande, je veux dire, ça m'arrive souvent (j'entre dans une maison, au hasard, et il y a toujours une fille dans un jacuzzi qui me dit avec un accent italien de me détendre et de mettre un peignoir [avant de l'enlever, car l'Italien, comme l'étudiant et le bisexuel, est naturellement indécis], je vous jure ça m'arrive tout le temps [ma vie est un film porno en boucle]). Mais là, que ce fût un froid panneau jaunâtre pisseux qui me le demandât, ça me perturba, je me dis "Mais il veut me faire quoi, lui ? C'est quoi ce mauvais plan ?", et j'étais à deux doigts de m'offusquer et de me braquer contre l'indécent panneau. Mais bon, ok, mettons, je mis un peignoir.
Enfin, l'espace shampooing. Haha, j'adore, on dirait les petites émissions sur le satellite, quand des mecs veulent refaire un appart de parigot de 50m² et donner l'impression que c'est une vraie maison. On met un bureau dans un coin, et c'est l'espace travail, on met trois cubes, un hochet et deux rat mort dans un coin, et c'est l'espace jeu pour bébé. Mais, excusez, chez moi, dans la campagne profonde, y'a pas des "espaces" ou des "coins", chez moi y'a une pièce pour l'ordi, une pièce pour la télé, une pièce pour la cuisine, une pièce pour bébé, une pièce pour le dodo du monsieur, une pièce pour le dodo de la madame (on est pas chez les sauvages, on se mélange pas), une pièce pour le bac à crotte du chat, une pièce pour ranger la litière de la bac à crotte du chat, une pièce pour la plante en pot où le chat crotte quand la litière du bac à crotte du chat ne lui plaît pas, etc. Eh ben c'est pareil quand on va chez le coiffeur, moi j'aime pas les pièces que l'on tranche artificiellement pour faire comme si y'avait plusieurs pièces, j'aime pas qu'il y ait des "espaces", et encore moins que l'on mette des couleurs pour faire style "là on shampouine, là on coupe, là on met la tête dans un casque en forme de suppositoire géant, là on paie". C'est des manières de maniaque, et je ne suis pas maniaque (ça se verrait, hein). Mais bon, ok, mettons, je me dirigeai (très primesautier dans mon beau peignoir Coi faique oh !) à l'espace shampooing.
Bref j'avais toutes les raisons de partir, et pourtant, par des mystères très mystérieux, je suis resté...
Et vous découvrirez la suite au prochain épisode du Salon de Coiffure de l'Angoisse, un feuilleton trépidant plein de rebondissement !
Mot clé - normand
samedi 01 mars 2008
Le destin, la choucroute
Par L'Incurable le samedi 01 mars 2008, 03:44
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Ce jour-là, l'Incurable a été particulièrement
mercredi 16 janvier 2008
Les compagnons de l'insomnie
Par L'Incurable le mercredi 16 janvier 2008, 03:58
- un bon album de Calvin & Hobbes ;
- deux œufs sur le plat recouverts de gruyère fondu ;
- une tarte aux poireaux de chez Leader Price ;
- deux trois mini-smarties ;
- une lichette de rhum ;
- la perspective du gâteau basque du lendemain, pour finir le rhum ;
- une blogo-découverte sympathique ;
- une pomme pas normande mais bon ;
- quelques cyber-amis ;
- un coup d'oeil sur mon nouveau sac très beau ;
- un très bon album de Larcenet/Ferri ;
- un chanson lunaire en boucle depuis plusieurs jours ;
- un article passionnant dans un journal intello que je ne lis pas que pour dire que je le lis ;
- un post super gratuit dans mon blog ;
- et toujours la même envie d'une nuit intemporelle, d'une nuit pour tout lire, et apprendre, et tout découvrir, et tout faire, tout ce qu'on n'a pas fait dans la journée, quand tout va au rythme normal, quand on n'a jamais le temps de rien faire, mais qu'on fait pourtant tellement plus.
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Ce jour-là, l'Incurable a été particulièrement
lundi 31 décembre 2007
Les Mots Bleus
Par L'Incurable le lundi 31 décembre 2007, 01:38
Le chemin est long sur le retour, la marche lente dans le sable normand, tandis que nous avançons tous les deux dans la nuit d'hiver, moi à mon rythme, lui à son rythme. Je regarde les lumières de la ville devant moi, mais je sais qu'il me suit toujours, jamais très loin.
Le vent de décembre est froid, qui passe dans sa barbe grisonnante, et éparpille la lourde frange qui voile mes yeux.
Je sors un petit appareil dont la lumière détourne mon regard des étoiles. Je choisis un morceau de rap, et attend une réaction, qui ne tarde pas. Deux trois grommellements et j'ai déjà changé.
Mes doigts connaissent la manoeuvre, je sautille légèrement d'un titre à l'autre sur la plage, alors qu'il me suit à pas mesurés, comme autant de doux glissements sur le sable, que j'écoute sans tendre l'oreille. Il ne cherche pas à s'adapter à ma cadence chaotique, binaire, ternaire, modulant sans arrêt, à l'envie à l'humeur.
Soudain, le son de ses pas feutrés cesse derrière moi. Je me retourne et le regarde. Le viseur électronique est déjà pointée sur moi. C'est le moment, me dis-je. Depuis deux jours que je l'attends, je vais lui faire plaisir, je vais me faire pardonner de mes paroles imprudentes... Mon visage réticent se force à se déformer, puis une seconde d'amour m'arrache un sourire, un vrai. Un flash jaillit. J'espère que cela a suffit pour capturer ce que j'ai laissé échapper, la culpabilité, l'affection, le respect, mais je baisse les yeux avant qu'il ne baisse son appareil.
Je lui tourne le dos, rallume mon lecteur : les Mots Bleus de Christophe recouvrent le bruit des vagues qui s'abattent sur la grève. Il dit quelques mots, je ne réponds pas. Je reprends la marche, toujours devant lui, et, pour quelques minutes, je règle mon pas sur le pas de mon père.
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Ce jour-là, l'Incurable a été particulièrement
Ne ratez aucune boulette
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Les gens qui aiment beaucoup ce que je fais





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